Télétravail ou pas Télétravail ?

  • 4 janvier 2018

    Télétravail ou pas Télétravail ?

    Par Elodie DALLONGEVILLE Responsable Développement Bureaulib

    En 2017, le télétravail a été placé au centre des sujets qui animent la profession RH. Début février, un nouveau pavé atterrissait dans la mare des controverses lorsque Michelle Peluso, la très médiatique directrice marketing d’IBM, annonçait à ses troupes leur regroupement sur six sites répartis aux quatre coins des Etats-Unis. Les nombreux collaborateurs qui travaillaient à distance étaient invités à s’y rendre ou à quitter l’entreprise. Quelques mois plus tard, Automattic, la société éditrice de WordPress a quant à elle fermé son bureau de 1400 m² à San Francisco, les locaux étant désertés par les salariés qui préféraient opter pour le télétravail à domicile. Ces deux exemples opposés illustrent l’étendue du spectre des politiques de télétravail, et la stratégie de mise en œuvre de ce mode de travail est souvent la conséquence de mutations structurantes pour les organisations.

    En France, l’année écoulée a été riche en réflexion sur les nouveaux modes de travail, notamment dans le cadre de la concertation sur le développement du télétravail et du travail à distance prévue par l’article 57 de la loi Travail. Plus récemment, le Code du travail a été modifié, dans un objectif affiché de faciliter la mise en place du télétravail. Il peut désormais être mis en œuvre dans le cadre d’une charte élaborée par l’employeur, et pour le télétravail occasionnel le salarié et l’employeur peuvent formaliser leur accord par tout moyen. La France est à la traine en la matière puisque seulement 16%[1] des salariés le pratiquent, mais l’assouplissement récent de son encadrement est susceptible de résorber le « télétravail gris » (c’est-à-dire le télétravail informel qui n’est pas encadré), et de booster le taux de ceux qui y recourent.

    A noter que le télétravail ne se pratique pas uniquement à domicile. En effet, au regard du code du travail, il désigne « toute forme d’organisation du travail dans laquelle un travail qui aurait également pu être exécuté dans les locaux de l’employeur est effectué par un salarié hors de ces locaux de façon volontaire en utilisant les technologies de l’information et de la communication »[2]. Il concerne donc aussi les salariés qui, en alternative au télétravail à domicile, se rendent dans des tiers lieux. Lesdits tiers lieux sont des lieux de travail qui ne sont ni les locaux de l’entreprises, ni le domicile.

    Des bénéfices individuels et collectifs en matière de qualité de vie au travail et de performance

    Si plus de 60% des salariés aspirent à télétravailler[3], c’est que ce mode de travail présente de nombreux avantage. Le bénéfice premier concerne la réduction des temps de transport. Le temps moyen passé dans les déplacements en Ile-de-France est de 96 minutes[4], et il est de 40 minutes en milieu rural. Libérés de la contrainte des transports, les salariés voient leur niveau de stress s’abaisser considérablement. Les conséquences de la réduction de stress concernent la vie professionnelle en améliorant la performance individuelle et collective, et également la vie personnelle puisque le télétravail réduirait le nombre de divorce des salariés et favoriserait la réussite scolaire de leurs enfants[5]. En tout état de cause, la réduction du temps de transport permet de gagner 37 minutes par jours au profit de la vie familiale, et 45 minutes de sommeil supplémentaire[6].Le télétravail permet également d’améliorer la qualité de vie au travail Il permet en effet de rééquilibrer les vies professionnelles et personnelles, dans la mesure où les rendez-vous personnels et les loisirs s’organisent plus facilement.

    • Enfin, en situation de télétravail, le salarié gagne en autonomie, et est responsabilisé dans la réalisation de ses activités, ce qui accroit l’intérêt du travail de manière significative.

    Ce mode de travail présente également des avantages pour l’entreprise.

    Couplé avec un management adapté, le télétravail peut devenir un puissant levier d’engagement. Eloignés des locaux de son entreprise, les salariés gagnent en autonomie et en responsabilisation. Leur motivation est augmentée, ce qui accroit le sentiment d’appartenance à l’entreprise et renforce leur engagement. Le télétravail permettrait également de baisser l’absentéisme de 5.5 jours par an et par salariés[7].

    Une augmentation de 22% de la productivité a ainsi été constatée en situation de télétravail, grâce à une diminution de l’absentéisme, à une meilleure efficacité et à des gains de temps[8].

    Par ailleurs, ce mode de travail, qui est encore relativement nouveau, est encore perçu comme un avantage pour le salarié. Les entreprises qui proposent ce mode d’organisation du travail sont donc plus attractives auprès des recrues qu’elles souhaitent attirer.

    Enfin, la mise en place du télétravail permet de poser à plat les pratiques existantes, et d’encadrer de manière transparente l’accès au travail nomade à domicile.

    Il présente également un bénéfice sociétal important en matière d’environnement. A l’occasion de la COP 21, un sondage a été réalisé sur le télétravail et l’environnement[9], faisant apparaitre que 76% sondés pensent que le développement du télétravail aurait des effets positifs sur l’environnement, essentiellement grâce à une réduction des déplacements en voiture et au maintien d’emplois dans des territoires isolés. Il y a un réel gain écologique résultant de la réduction des temps de transport : une étude indique ainsi qu’« il faudrait planter 144 arbres par an pour économiser autant de CO2 que le télétravailleur moyen français en  un an »[10].

    Une nécessaire adaptation des modes de travail à la spécificité des entreprises :

    Le télétravail nécessite cependant d’être encadré, et d’être adapté à l’activité et à la culture d’entreprise, au risque de voir ses bénéfices réduits.

    Sa durée doit ainsi doit être expérimentée pour être adaptée aux métiers et à la culture de l’entreprise, afin de ne pas générer un sentiment d’isolement de la part des télétravailleurs et de maintenir l’appartenance à l’organisation.

    Il est en outre nécessaire de prendre le temps de lever les éventuels freins. L’étude Greenworking de 2012[11] a par exemple mis en évidence que 92% des employeurs considèrent que le premier frein au développement du télétravail est la réticence des managers intermédiaires. Même si le rapport à ce mode de travail a évolué en 5 ans, le présentéisme est encore marqué dans de nombreuse organisation. Le télétravail nécessite de passer d’un mode de gestion qui s’attache aux méthodes et à la durée du travail à un mode de gestion qui s’attache au résultat.

    A domicile ou dans un tiers-lieu, il s’agit d’un mode de travail adapté au développement du nomadisme professionnel résultant de la généralisation des nouvelles technologies. Il permet de répondre à des enjeux stratégiques d’amélioration de la qualité de vie, d’attractivité de l’entreprise, ou peut être mis en place en conséquence à des arbitrages immobiliers (déménagement ou mise en place de flex-office).

    En tout état de cause, il représente une modification des modes de travail qui nécessite d’être accompagné, pour permettre à l’organisation et à ses salariés d’obtenir les bénéfices les plus importants pour chacun. Le télétravail en tiers-lieu, qui n’est exercé que par 13 % des télétravailleurs[12], peut également être développé pour permettre à ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas télétravailler à leur domicile de bénéficier de la réduction du temps de transport et de l’amélioration de la qualité de vie.

    En favorisant le recours au télétravail, les ordonnances de la réforme du code du travail sont susceptibles de conduire les entreprises à se questionner non pas sur le fait de le mettre en place ou non, mais à s’interroger sur les meilleures modalités et conditions de sa mise en place dans leur organisation.

    [1] Etude Kronos Les chiffres clefs du télétravail en 2016

    [2] Article L1222-9 du code du travail

    [3] Etude Randstad Awards 2016

    [4] http://96minutes.transilien.com/

    [5] Interview du sociologue Philippe Planterose publié le 07/02/2014 dans l’Usine Nouvelle (https://www.usinenouvelle.com/article/le-teletravail-reduit-les-divorces-et-l-absenteisme-rappelle-le-sociologue-philippe-planterose.N238949)

    [6] Etude Kronos Les chiffres clefs du télétravail en 2016

    [7] Etude Kronos Les chiffres clefs du télétravail en 2016

    [8] Etude Kronos Les chiffres clefs du télétravail en 2016

    [9] BVA, octobre 2015, enquête d’opinion dur le télétravail et l’environnement (échantillon de 1267 actifs interrogés)

    [10] Greenworking, mai 2012, « Le télétravail dans les grandes entreprises françaises – comment la distance transforme nos modes de travail », synthèse remise au Ministre chargé de l’industrie, de l’énergie et de l’économie numérique

    [11] Greenworking, 2012, Le télétravail dans les grandes entreprises françaises

    [12] Enquête ANDR, mai 2017, Concertation sur le télétravail

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